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Les chiffres clés

90

filles de 6 à 12 ans bénéficient du soutien de la la Maison de l’Education pour leur scolarisation

100 %

des 90 filles sont complètement alphabétisées alors qu’elles ne savaient ni lire, ni écrire en arrivant à la MDE

150

enfants du quartier sont accueillis chaque weekend et participent aux activités

11

personnes encadrent les enfants : 9 professeurs et 2 éducateurs spécialisés

La Maison de l’Education pour scolariser les filles de Ziguinchor

Sénégal Futur au Présent

Contexte

La Casamance, au sud du Sénégal, bénéfice d’un climat arrosé favorable à l’agriculture, d’un cadre naturel très riche et d’une démographie florissante. Pourtant, c’est l’une des régions les plus pauvres du pays : elle souffre d’enclavement géographique et d’un déficit d’infrastructures. Le conflit armé qui sévit depuis plus de 30 ans – opposant la rébellion indépendantiste au gouvernement sénégalais – a provoqué des pertes civiles, des déplacements de populations et la dislocation des familles.

L’extrême pauvreté favorise la déscolarisation des enfants et leur travail précoce. Environ 25% des jeunes enfants abandonnent l’école pour travailler et 10% le font dès la classe initiale du primaire, c’est-à-dire dès l’âge de 7 ans.

Les filles sont plus exposées que les garçons à la déscolarisation. Lorsqu’elles se détournent de l’école pour travailler ou qu’elles essaient de concilier travail et scolarité, les tâches qui leur sont attribuées sont essentiellemnt celles d’employées domestiques. C’est le cas au sein de leur famille, c’est le cas également quand elles sont placées comme « petites bonnes » chez des tiers en échange de rémunérations très faibles, dans des conditions qui les exposent à de nombreux dangers.

Objectifs

Ouverte en 2014 par Futur au Présent, la Maison de l’Education (MDE) instaure les conditions d’apprentissage adéquates pour assurer la réussite scolaire, puis professionnelle et sociale, de filles de 6 à 12 ans originaires des quartiers les plus pauvres de Ziguinchor, qui étaient en situation de travail précoce.

En 2014, une première promotion de 30 petites filles a fait son entrée dans le bâtiment construit grâce à un financement du ministère français des Affaires Etrangères. Deux ans plus tard, l’appui de l’Union Européenne a permis l’intégration de 30 petites filles supplémentaires, puis 30 nouvelles en 2017. 150 enfants de 7 à 17 ans sont en outre accueillis chaque weekend dans la MDE pour bénéficier des activités socioéducatives.

Actions

  • Accueillir des petites filles non scolarisées, en situation de travail précoce, et les accompagner durablement dans leur scolarité : elles sont inscrites à l’école du quartier et la MDE assure leur assiduité pour qu’elles bénéficient pleinement des apprentissages. Le dispositif doit accompagner les enfants sur une durée suffisante pour acquérir de nouvelles compétences, définir leur parcours professionnel puis le réaliser en autonomie.
  • Renforcer les savoir-faire et savoir-être des enfants, assurer leur épanouissement intellectuel, sportif et culturel : les petites filles sont accueillies dans la structure lors des demi-journées et journées non travaillées. En plus des modules de soutien scolaire, elles profitent d’activités de lecture, de cinéma, de théâtre, de rap…
  • Assurer le développement psychosocial des enfants et de leurs familles : il est indispensable d’instaurer un dialogue constructif avec tous les acteurs impliqués dans la vie des enfants pour qu’ils adhèrent au projet éducatif et social dont elles bénéficient. Ce suivi est personnalisé et adapté à chaque situation familiale.
  • Placer le numérique au cœur des apprentissages pour favoriser la littératie et lutter contre la fracture numérique
    • Activités pour assurer la maîtrise du matériel informatique : les enfants apprennent à se servir d’un ordinateur, des logiciels de traitement de texte, à effectuer des recherches sur internet…
    • Activités éducatives réalisées à partir des différents outils numériques.
  • Accueillir les enfants du quartier à la MDE tous les weekends : ils ont accès à la bibliothèque, à la salle informatique, à des séances d’alphabétisation et d’accompagnement scolaire. Ils sont encadrés par les enseignants salariés de la structure.

La Fondation a alloué 15 000 € à la Maison de l’Education en 2018.

Résultats et enseignements du dispositif MDE

  1. « L’accompagnement rapproché » par des professionnels de l’éducation produit des résultats tangibles en termes de réussite scolaire : les enfants, analphabètes lors de leur intégration à la MDE, obtiennent de bons ou très bons résultats pour la plupart d’entre elles, qui leur ouvrent la voie vers le collège et plus tard le lycée. Après plusieurs années à la MDE, les filles veulent devenir médecins, avocates, enseignantes… alors qu’elles n’exprimaient aucune ambition professionnelle à leur arrivée, confinées traditionnellement aux tâches domestiques.
  2. La réalité pratique de la MDE, dont les familles constatent l’existence, le fonctionnement et les résultats agit avec force sur les conduites relatives à la scolarisation des filles : depuis le démarrage effectif du programme, les familles manifestent une forte demande pour que leurs filles y soient intégrées et font pression sur les responsables à cet effet. Cela semble traduire une évolution et un regard nouveau porté sur l’éducation des filles : l’expérience de la MDE et ses résultats bousculent les représentations traditionnelles sur l’avenir des filles.
  3. Le dispositif produit ces résultats parce qu’il s’inscrit dans la vie communautaire et tisse des liens étroits avec ses différentes composantes : les familles elles-mêmes, appelées à s’y investir et à en devenir actrices à part entière, les écoles et le collège, le conseil de quartier qui en est l’un des partenaires privilégiés.
  4. L’expérience montre que la scolarisation produit des résultats tangibles si les enfants sont scolarisées tôt : après l’âge de 10 ou 11 ans, elles n’ont que très peu de chances de réussir. Le retard est trop important et le délai trop court pour être comblé à temps et permettre l’accès au collège.
  5. Le dispositif MDE montre la nécessité d’un accompagnement psychosocial, nécessaire mais pas suffisant. Les filles sont confrontées dans leur famille à des problèmes structurels dus à la grande pauvreté qui peuvent les déstabiliser à tout instant. Un dispositif d’éducation des filles vivant dans des milieux de grande pauvreté doit participer d’un ensemble d’interventions qui ne concerne pas exclusivement l’éducation et porte sur des domaines qui la conditionnent (santé, conditions de vie des familles…), tant les principales composantes de la grande pauvreté sont liées et interagissent entre elles.

Le forte demande des familles, des chefs de quartiers et de la municipalité incite à travailler à la réplication du dispositif sur toute la ville afin que l’ensemble de la population puisse en bénéficier.