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Xiengyan, chef de village au Laos

La responsable locale d’Enfants d’Asie a recueilli ce témoignage sur le vif de Xiengyan, chef du village de Namkhong, au nord du Laos. La Fondation a participé à la construction et à la rénovation des classes de l’école du village, notamment de maternelle, qui accueillent maintenant beaucoup d’enfants.

Xiengyan, pouvez-vous vous présenter ?

J’ai 51 ans et je suis le chef du village de Namkhong depuis 16 ans.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le rôle de chef de village au Laos ?

Ici à Namkhong, nous sommes 5 chefs de village. Il existe une hiérarchie en fonction de l’ancienneté.  Comme je suis le plus ancien des chefs de village, je suis le numéro 1 mais je n’ai pas forcément plus de responsabilités qu’un autre. Simplement, si nous avons du mal à être d’accord, c’est moi qui suis chargé de prendre la décision finale. Mais je n’ai jamais eu à le faire en 16 ans.

Pourquoi êtes-vous 5 ? Qui fait quoi dans le village ?

Chaque chef de village a une fonction précise. Il y a celui qui s’occupe de l’agriculture et qui règle les problèmes de terrains. C’est lui aussi qui s’occupe des récoltes communes pour tout le village. Il y en a un qui s’occupe de la sécurité et de la surveillance, il est comme un policier pour régler les problèmes de vol par exemple.

Moi je suis responsable de la justice. S’il y a des litiges dans une famille ou dans un couple, nous nous réunissons avec eux dans la salle de meeting et nous essayons de régler le problème. La dernière fois que tu es venue, tu as assisté à l’un de ces meetings : un couple  souhaitait se séparer, la femme est venue avec quelqu’un de sa famille pour témoigner et l’homme était là avec son père aussi. On essaye de régler le problème mais s’ils veulent vraiment se séparer, il faut en discuter avec les familles et trouver un arrangement en  rendant la dot de mariage, par exemple, ou en donnant des vaches ou un terrain à l’autre famille.

Puis-je vous demander combien vous êtes payé en tant que chef de village ?

Oui, je gagne 700 000 kip par mois (=70 euros). Je suis le seul de ma famille qui travaille pour le gouvernement. On est donc assurés d’avoir 70 000 kip tous les mois. Après, il faut réussir à gagner un petit peu plus d’argent en vendant des récoltes.

Combien de personnes compte votre famille ? Comment vivez-vous ?

Nous sommes 5 dans ma famille. Je vis avec ma femme et mes trois enfants. Nous vivons chez les parents de ma femme, dans leur maison. Mais aujourd’hui il n’y a plus que la grand-mère. Elle nous aide à aller chercher des choses à manger dans la forêt. Les enfants nous aident pendant le week-end, parce que pendant la semaine, ils sont à l’école.

Beaucoup de parents préfèrent que les enfants arrêtent l’école pour venir les aider aux champs. Vos trois enfants vont à l’école ?

Oui ! Je préfère qu’ils aillent à l’école pour apprendre des choses. C’est vrai que de toute façon, on sait qu’ils n’iront sûrement pas faire d’études, personne ici n’a d’argent pour envoyer son enfant faire des études en ville. Parfois des familles confient leur fils ou leur fille à une autre famille en ville et parfois les enfants réussissent, parfois ils reviennent au village pour aider aux champs.

Et vous, que vont faire vos enfants ?

Mes filles sont en CE2 et 4ème et mon fils est en terminale. Il aura terminé le lycée au mois de juin prochain. Comme vous nous avez parlé d’un projet*, peut-être qu’il aura la chance de continuer à faire ses études à Vientiane. Ce serait mon rêve, et le sien aussi.

J’avais commencé à mettre un peu d’argent de côté pour l’aider à partir mais ça ne suffisait pas pour aller à Vientiane. Et puis cette année, nous n‘avons pu faire qu’une seule récolte de riz, alors que certaines années nous en faisons deux ou trois. On a donc utilisé l’argent que j’avais mis de côté pour pouvoir manger. Mon fils, j’aimerais bien qu’il travaille pour le gouvernement, comme soldat ou comme instituteur. Comme cela, il est certain de gagner de l’argent tous les mois et il pourra s’occuper de sa famille. Mes filles je ne sais pas, institutrices aussi, ou alors si elles aiment faire de la couture elle peuvent devenir couturières ou teinturières.

Vous aimeriez que vous enfants reviennent au village s’ils partent faire des études ?

Ça dépend, ils ne sont pas obligés de tous revenir. C’est bien pour le village s’ils reviennent mais s’ils gagnent plus d’argent ailleurs, alors il vaut mieux rester ailleurs. Puis quand moi et ma femme on sera trop vieux, il y en aura au moins un ou deux qui reviendront s’occuper de nous, enfin j’espère {rires}.

Que pensez-vous de l’association Enfants d’Asie ?

(…) Enfants d’Asie a déjà fait beaucoup pour le village de Namkhong. Avant, l’école était aidée mais on ne savait pas exactement par qui, le gouvernement ne nous expliquait pas les projets. Maintenant, on sait que c’est Enfants d’Asie. Ils viennent souvent nous voir, passer du temps et discuter avec nous, il y a aussi les enfants français qui viennent pour nous aider à construire nos potagers et qui apportent beaucoup de choses. Quand j’ai commencé à être chef de village ici, il n’y avait rien à l’école. Les salles de classe étaient en bambou et très abîmées. Mais Enfants d’Asie nous a aidés et a construit beaucoup de choses pour améliorer l’école. Tous les ans, ils nous apportent aussi des couvertures pour les dortoirs, des vêtements, des jeux, des graines pour les potagers. Nous connaissons bien les directeurs français et nous sommes très heureux de travailler tous ensemble. Merci beaucoup. Maintenant les enfants viennent tous à l’école ; avant par exemple, on avait peut-être 4 ou 5 élèves de maternelle qui venaient chaque jour (…) Aujourd’hui ils sont entre 36 et 54 tous les jours !

* Enfants d’Asie réfléchit à un nouveau projet de soutien de jeunes Laotiens défavorisés pour qu’ils poursuivent des études supérieures.